Le même bâtiment, un autre monde : pourquoi je photographie les projets deux fois par an
C'est un projet qui m'a fait réfléchir autrement. La villa dans les Beskides de WMA Architects se trouve à la limite d'une zone urbanisée, dans un paysage protégé, à l'endroit où se dressait autrefois une maison en bois typique des Beskides de la fin du XVIIIe siècle. Nous l'avons photographiée en hiver. Le paysage était uniforme, silencieux et enneigé. Le bâtiment s'y fondait presque, il disparaissait presque. L'image était forte, mais je savais que ce n'était pas toute l'histoire.
J'ai proposé de revenir la photographier en été. L'architecte a accepté immédiatement. Un an plus tard, nous sommes revenus.
Deux photos, deux réalités, un bâtiment
Lorsque l'on place côte à côte les photos d'hiver et d'été des Beskides, on ne voit pas seulement la nature qui change. On voit deux atmosphères, deux sensations différentes et pourtant le même bâtiment. En hiver, la villa devient partie du paysage, s'y efface et respire avec lui. En été, elle ressort autrement. La verdure l'encadre, montre ses proportions et sa relation au lieu.
Il ne s'agit pas de savoir quelle version est la plus belle. Les deux montrent la réalité de l'architecture, simplement à un autre moment. C'est précisément l'essentiel.
Les architectes pensent à l'apparence de leurs projets tout au long de l'année, à leur rapport à la lumière, à leur réaction au contexte et à leur transformation avec la nature environnante. Pourtant, cette évolution est rarement documentée. Une visite, une série de photos, un point de vue. L'œuvre continue pourtant à vivre, à changer et à fonctionner dans toutes les conditions.
La planification est essentielle
Si je devais donner un conseil pratique à ceux qui envisagent cette approche, ce serait celui-ci : photographiez depuis les mêmes points de vue dans les deux saisons. Cela paraît simple, mais cela demande une intention claire et une préparation en amont.
Les paires comparatives, même cadrage et autre saison, sont très difficiles à ignorer. Elles montrent immédiatement ce dont je parle.
Il n'est pas obligatoire de choisir l'hiver et l'été. La neige fiable est plutôt une loterie chez nous. Mais la fin de l'automne, lorsque les arbres gardent encore leur couleur ou sont complètement nus, puis le plein été, fonctionnent très bien. Il s'agit de contraste, d'atmosphère et de montrer le bâtiment sous une autre lumière, au sens propre comme au sens figuré.
Pourquoi c'est utile pour l'architecte
Un matériau visuel fort a une vraie valeur aujourd'hui. Un architecte capable de montrer son projet à deux saisons différentes dispose de quelque chose que les autres n'ont pas. Cela compte pour approcher de nouveaux clients comme pour communiquer avec les médias.
Je suis convaincu qu'un tel matériau a beaucoup plus de chances d'être publié dans les magazines d'architecture et les médias en ligne. Il est unique. Il raconte une histoire. Et les histoires circulent.
Oui, cela peut presque doubler les coûts. Deux visites, deux déplacements, deux fois le temps, deux préparations avec le client. Mais le résultat n'est pas seulement deux fois plus fort, il l'est plusieurs fois. Il s'agit de prestige, de profondeur de présentation et de montrer son travail comme il le mérite.
Et ensuite ?
La villa des Beskides est pour l'instant le seul projet que j'ai photographié de cette manière dans deux saisons. Mais plus j'y pense, plus je suis convaincu que cela a du sens pour tout bâtiment ayant un lien fort avec son environnement et son paysage.
Si vous êtes architecte et que vous avez un projet où cette approche pourrait fonctionner, je serai heureux d'en parler avec vous. Sans engagement, simplement avec mon regard de photographe, qui croit qu'une bonne architecture mérite d'être montrée dans toutes ses formes.
Photographe d'architecture Jiří Bednář